Les voies de l’imagination

« Il arrive un moment où l’on a envie, non pas forcément d’avoir raison contre tous, mais de dire ce qui, dans la longue gestation d’une vie, finit par constituer, si aléatoirement que ce soit, une pensée.

L’art et l’architecture (qu’on peut encore considérer comme un art) sont aujourd’hui porteurs de tous les espoirs et passibles de tous les sarcasmes. Tous les régimes répressifs ont montré que la restriction des libertés commençait par l’asservissement de l’artiste. Il faut définir les formes de la résistance.

Entre le moment où, il y a fort longtemps, je passai un diplôme d’architecte, et aujourd’hui, après avoir pratiqué l’urbanisme, l’architecture, l’enseignement, et toutes les choses qui font la vie, j’ai été confronté plus souvent que je ne l’aurais voulu à l’arbitraire des décideurs (qui croient tout savoir) et des exécutants qui obéissent (aux forces qui les manipulent, aux modes qui les rassurent).

Depuis quelques années, je dessine une ville nouvelle près d’Alger. C’est peut-être l’œuvre d’art la plus informelle, la plus folle, la plus stimulante, la plus décevante aussi, qui soit, puisqu’elle se fait dans un temps, dans une échelle qui nous échappent, et dans des conflits qui lui sont inhérents. Mais c’est aussi le creuset dans lequel toutes les expériences se rassemblent, – l’affrontement au site, le concept urbain, la matérialisation des espaces, les relations de l’espace à la technologie, le mélange complexe des interférences politiques et historiques, le hasard, l’objectif et le subjectif.

C’est dans ce contexte que j’ai rédigé les notes qui suivent.(…) »

 

Les voies de l’imagination, Jean-Jacques Deluz, Éd. Bouchène, Saint-Denis, 2003, p. 9